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Publié par M

C’est drôle, cette semaine, nous souhaitions parler des pesticides (en relation avec notre précédent article sur les bienfaits du Bio). Et ça nous a fait nous souvenir d’un projet qu’on a fait pendant notre dernière année de Licence, dans le cadre du module « Découverte des entreprises agricoles et agroalimentaire ». Pour ce projet, nous avions choisi de nous pencher sur les « alternatives aux pesticides ». Nous avions eu des intervenants qui nous avaient parlé de la production agroécologique, du respect de la nature et de ses cycles, etc. Pour compléter notre dossier, nous avions travaillé à ABioDoc, le Centre National de Ressources en Agriculture Biologique, à Clermont Ferrand. Mélissa souhaitait alors travailler dans les biotechnologies et Jonathan dans la qualité. Pourtant, 4 ans après, nous avons pris un chemin complètement différent. Mélissa commence un doctorat en santé et politique alimentaire, et Jonathan souhaite travailler pour un système alimentaire à l’échelle locale. Ce projet sur les alternatives aux pesticides est sûrement une des expériences qui nous a menées là où nous sommes aujourd’hui, qui sait…

Revenons-en au cœur du sujet, grâce à notre dossier, ressorti des archives de notre ordi.

Tout d’abord qu’est-ce qu’un pesticide ? D’après le Larousse, un pesticide « Se dit d'un produit chimique utilisé pour la protection ou le traitement des végétaux. ». On les appelle encore produits phytosanitaires ou produits antiparasitaires à usage agricole.

Depuis quand utilise-t-on des pesticides ?

Quand l’Homme a commencé à faire de l’agriculture, il a d’abord appris à combiner les plantes, de façon à ce qu’elles se protègent naturellement. Depuis l’Antiquité, l’Homme a commencé à utiliser des pesticides, comme le souffre ou l’arsenic, en quantités juste suffisantes pour l’aider à protéger ses champs.

A partir du 20ème siècle, tout s’est accéléré. A cette époque, une véritable révolution scientifique se met en marche : on réalise de grandes découvertes comme celle de l’insuline, le nucléaire, les rayons X, les vitamines et des innovations en chimie voient le jour … Malheureusement, lors des deux grandes guerres mondiales, la chimie sera mise au service de la barbarie. Quelques découvertes serviront à tuer, et ce, dès 1914. Citons par exemple les trop célèbres gaz moutarde ou Zyklon B. Ce dernier était un produit employé dans les chambres à gaz.

A la sortie des deux guerres, tous les stocks de produits chimiques n’ont finalement pas été utilisés. Les industries qui les produisent ont pourtant besoin d’écouler leurs stocks. Des millions de dollars ont été investis dans la chimie pendant la 2nde Guerre Mondiale, il faut rentabiliser ces investissements, même si la guerre est terminée. Les pesticides vont alors vite trouver une toute autre utilité. On va tout d’abord asperger les rescapés des camps de concentration avec du DDT, un insecticide (organochloré = atomes de carbone et chlore). En 1945, c’est un produit « miracle » contre les poux et il contribue à « sauver » des millions de vies. Mais ce qui est le plus important, à la fin de la 2nde Guerre Mondiale, c’est de ne plus connaître la famine. En effet, le rationnement aura lieu jusqu’en 1949 et les gens ne veulent plus jamais voir cela. Il faut désormais que chacun mange à sa faim. Alors, les américains, alliés aux vainqueurs, proposent le plan Marshall. Machines et semences américaines débarquent en Europe, on se met à faire de plus en plus de monoculture (donc plus question de marier les plantes pour qu’elles se protègent mutuellement des ravageurs). Une nouvelle ère technologique vient de naître. On passe d’une période où le but était de nourrir le pays, à, aujourd’hui, un monde qui produit bien au-delà des besoins vitaux. Les pesticides font grandement partie de cette épopée. Les pays du Nord ne souffrent plus de la faim, mais il y a cependant toujours autant, voire plus, de famine à travers le globe…

Plus d'info sur le site de l'observatoire français des pesticides.

Seulement, l’utilisation démesurée des pesticides est remise en cause, dès les premières années de son utilisation en masse. Quelques personnes, depuis les années 1950, ont prouvé que les pesticides peuvent avoir des effets négatifs sur l’environnement et sur la santé humaine. En 1962, Rachel Corson est précurseur dans ce domaine. Elle publie Printemps silencieux, qui dénonce la chimie de synthèse. Elle sera en partie à l'origine de la prise de conscience que la Terre et l'environnement ne sont pas à négliger dans notre développement. Monsanto, entreprise outre Atlantique, productrice de pesticides, caricaturera ce livre : ce sera le début d’une bataille entre les lobbyistes et les scientifiques, persuadés de l’effet négatif des phytosanitaires.

Quelques chiffres qui nous ont marqué lors de nos investigations pour ce dossier :

  • Dans le livre Pesticides : révélations sur un scandale français de François Veillerette, on peut lire : « Selon des estimations officielles, en 1934, 236 espèces étaient classée comme parasites des cultures (virus, champignons, bactéries, 140 espèces d’insectes, mollusques, mammifères, acariens, nématodes…). En 1972, après trente ans d’utilisation de pesticides pour les éradiquer, elles étaient 643 au total, soit environ trois fois plus. Dont environ 278 espèces d’insectes. » Ainsi, suite à une utilisation trop importante des pesticides, on observe l’apparition de souches résistantes à ces produits. Ceci rend inefficace les pesticides déjà sur le marché et crée un véritable appel d’air pour commercialiser de nouvelles molécules.
  • En 2002, la Convention de Stockholm est signée : elle dresse une liste de 12 POPs. Ce sont des Polluants Organiques Persistants. Leurs caractéristiques sont d’être très toxiques, de causer des cancers et d’avoir d’autres effets sur la santé, mais aussi de mettre énormément de temps à se dégrader. Parmi eux, on trouve des produits d’industries chimiques, des pesticides… et le DDT. C’est le produit miracle contre les poux, aspergé sur les rescapés des camps de la mort en 1945…
  • En France, en 1992, un nouvel insecticide est utilisé sur les cultures de tournesol. C’est l’imidaclopride, commercialisé sous le nom de Gaucho. Il est souvent cité dans les publications scientifiques concernant la mortalité et les changements de comportement des abeilles. Ce produit, en plus de s’attaquer aux organismes indésirables, détruit également les organismes utiles qui ne sont pas ciblés (comme les abeilles qui sont importantes pour la pollinisation), ceci contribue à diminuer la biodiversité et a créé des déséquilibres au sein de l’écosystème. C’est aussi le cas de la plupart des pesticides.
  • L'observatoire des pesticides du gouvernement français rappelle en 2006 que 25 à 75% des phytosanitaires pulvérisés sur les cultures se retrouvent directement dans l’atmosphère. Or, chez les Inuits, on retrouve dans le lait maternel des pesticides, non utilisés dans ces contrées, comme détaillé dans cette thèse d'un chercheur canadien. Ils sont arrivés là par les déplacements de masses d’air et ont été inhalés par les animaux et les hommes. Les pesticides se stockent étonnement bien dans les graisses et lorsque les Inuits mangent des animaux et du poisson, ils en ingèrent donc à nouveau.

Malheureusement, trop peu d’études sont conduites pour démontrer la nocivité ou non des pesticides. En attendant, des milliers de produits restent à ce jour en vente.

Il existe pourtant des alternatives naturelles et efficaces à cette agriculture « conventionnelle » d’après guerre. Par exemple la lutte biologique, c’est-à-dire naturelle, se développe de plus en plus. Bien qu’elle puisse remplacer les traitements chimiques, les pesticides ne sont pas prêts de disparaître, notamment pour des raisons économiques. Ainsi, la lutte naturelle contre les ravageurs (biopesticides) ne représente actuellement que 1% du marché mondial. Seule une prise de conscience de la part de la population permettra d’agir pour limiter les effets néfastes de toutes ces pollutions chimiques.

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