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Publié par Jonathan et Mélissa Mialon

Il y a quelques jours, le Fond Français pour l'Alimentation et la Santé (FFAS) a rendu officiel l'étude sur l'étiquetage nutritionnel. Pour cette étude, 4 systèmes d'étiquetages différents ont été testés dans 60 magasins pendant 10 semaines, puis les achats des produits, selon ces étiquettes, ont été analysés. Le but était de déterminer quel étiquetage serait le plus efficace pour nous aider à manger mieux et rester en bonne santé. À partir des résultats de cette étude, le gouvernement a choisi l'étiquetage qui semble le plus efficace, celui du Nutri-Score, ou feu à 5 couleurs. Nombreux sont ceux qui se réjouissent que la raison et la science l'aient emporté. Mais il s’agit en fait d'une très grande mascarade. Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut remonter au début de cette histoire d'étiquetage nutritionnel.

Les feux tricolores

En 2010, le parlement européen était sur le point de mettre en place un étiquetage nutritionnel obligatoire sur la face avant des produits. Ce dernier devait prendre la forme de feux tricolores. Le produit devait être analysé dans son ensemble par rapport à sa composition pour 100g. Si il était considéré comme bon pour la santé, selon des analyses scientifiques rigoureuses, il avait un feu vert, sinon feu orange, voire feu rouge, pour les produits dont il faut limiter la consommation. Ce système était très simple, basé sur un système que tout le monde connait (les feux tricolores de la route), l'analyse nutritionnelle devait être faite par des experts et les consommateurs n'avaient plus qu'à s'en servir pour faire le bon choix. Il était soutenu par les professionnels en santé publique et les associations de consommateurs, car efficace et simple.

C'était sans compter sur l'industrie agroalimentaire et toutes ses grandes entreprises qui nous vendent des produits très transformés. En effet, ils n'étaient pas vraiment réjouis à l'idée que leurs produits se retrouvent affublés d'un feu rouge, et avaient peur de voir leurs ventes s'écrouler. Ils se sont donc lancés dans une grande campagne de lobby auprès des euro-députés. L'industrie a dépensé un milliard d'euros (non ce n'est pas une faute de frappe, c'est bien 1 000 000 000 €) pour changer le point de vue des euro-députés (au départ favorables aux feux tricolores) et empêcher ce projet de loi d’être adopté.

Une alternative ridicule

Grâce à cette campagne de lobby sans précédent, l'industrie enterre définitivement les feux tricolores. À la place, le parlement européen prévoit un étiquetage au dos des produits (beaucoup moins visible), dans un tableau incompréhensible [cf photo] dans lequel les nutriments sont analysés un par un et par rapport à une portion définie par l'industrie.

Résultats des courses, personne ne comprend vraiment ce tableau.

Le retour de l'étiquetage en France.

Il y a 3 ans, la Ministre de la santé décide de remettre l'étiquetage nutritionnel à l'ordre du jour et prévoit la mise en place du Nutri-Score de façon volontaire. Les entreprises agroalimentaires pouvaient donc utiliser ou pas ce système. La décision de la Ministre était basée sur les recherches du Professeur Hercberg et sur les recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique. Mais de nouveau, l'industrie s'y oppose fortement : « l’ANIA (syndicat de l’industrie agroalimentaire – comprenez le lobby de l’industrie) maintient son opposition à tout dispositif d’étiquetage nutritionnel simpliste reposant uniquement sur un code couleur ». [cf Communiqué de presse de l’ANIA en photo]. De plus, l’industrie s'en prend directement à la Ministre : « L’ANIA dénonce le simulacre de dialogue de la ministre de la santé ». Pour finir, l’industrie propose d'utiliser de nouveaux systèmes, mais refuse catégoriquement les feux tricolores. L'industrie affirme que leurs nouveaux systèmes sont plus efficaces. Finalement, la Ministre cède sous la pression et mandate une étude pour comparer les différents systèmes, alors que des études avaient déjà prouvé que les feux tricolores étaient les plus efficaces.

L'industrie a le bras long, très long

Mais cette étude comparative des systèmes d'étiquetage nutritionnel n'est pas confiée à n'importe qui. Le gouvernement demande au Fond Français pour l'Alimentation et la Santé (FFAS) de réaliser cette étude. Le problème c'est que, contrairement à ce que son nom évoque, le FFAS n'est pas une agence gouvernementale ou une association indépendante. C'est ce qui ressemble à un "front group", où l'industrie créer et finance un organisme qui porte un nom qui laisse sous-entendre qu'il est neutre. On peut alors se questionner quant à la légitimité du FFAS pour comparer les systèmes d'étiquetage proposés par l'industrie à celui du gouvernement.

Encore une victoire de l'industrie

Il y a 2 semaines, quelques jours avant que les résultats du FFA ne soient rendus public, de grands groupes agroalimentaires annoncent, au niveau européen qu'ils vont mettre en place leur propre étiquetage nutritionnel, de façon volontaire (tient, on repasse au niveau de l'Europe... une tactique connue sous le nom de "changement de plateforme"... on fait du lobby au niveau européen, ou national, ou même régional, selon les besoins). On pourrait croire que l'industrie agroalimentaire a finalement décidé de faire un pas en avant pour la santé, mais il n'en est rien. Les industriels devaient déjà connaître les résultats de l'étude du FFAS, et devaient déjà savoir qu'ils montraient que le système soutenu par le gouvernement est le plus efficace. Dans le but d'éviter que ce système ne devienne obligatoire, les industriels ont joué leur dernière carte : l'autoregulation = éviter une loi en proposant un autre système basé sur le volontariat...

Finalement, l'industrie agroalimentaire l'a encore emporté face à la santé car, bien que la Ministre ai choisi les feux 5 couleurs, la mise en place de ce système reste volontaire. Ça veut dire, qu'après tout ça, les industriels restent libre d'utiliser le système qu'ils veulent (s’ils en utilisent un), de le mettre devant ou à l'arrière des produits... ils font ce qu'ils veulent quoi.

Finalement toute cette mascarade a permis à l’industrie agroalimentaire de ne pas se voir soumise à une loi qui l’obligerait à informer les consommateurs de ce qui se trouve dans leurs produits. Un retard de 7 ans, pour en arriver… au même point… du volontariat sur un système qu’on savait déjà efficace.

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Le Nutri-score défendu par le gouvernement et le tableau actuellement utilisé - Extrait d'un communiqué de presse de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires)
Le Nutri-score défendu par le gouvernement et le tableau actuellement utilisé - Extrait d'un communiqué de presse de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires)
Le Nutri-score défendu par le gouvernement et le tableau actuellement utilisé - Extrait d'un communiqué de presse de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires)
Le Nutri-score défendu par le gouvernement et le tableau actuellement utilisé - Extrait d'un communiqué de presse de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires)

Le Nutri-score défendu par le gouvernement et le tableau actuellement utilisé - Extrait d'un communiqué de presse de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires)

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Angelilie 07/04/2017 18:09

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir